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3. Réflexions sur l'acculturation

01 Jan 1985-Vol. 1, Iss: 1, pp 28-38

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Introduction

  • Submitted on 20 Aug 2005 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not.
  • The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers.

Ethnologie française).

  • C.P. : La citation ci-contre, extraite du Prochain et le lointain (p. 143), illustre bien ces mécanismes ; elle me paraît intéressante dans le contexte de Vibrations puisqu'elle touche un domaine proche de la musique : il s'agit des transformations d'une cérémonie de danses traditionnelles religieuses.
  • Mais les chefs de ces candomblés ont une mentalité occidentale et non plus africaine, ayant perdu la foi.
  • Dès lors que l'on aborde ces questions d'acculturation, il convient donc d'être excessivement vigilant et de se méfier de toute idéologie ; ce qui est difficile, particulièrement lorsqu on étudie des phénomènes culturels qui nous sont proches, dans la mesure où la traditionnelle distance, spécifique à la situation ethnologique en domaine exotique, ne joue plus.
  • Ce musicien africain revendique son acculturation et ses diverses influences.
  • Il existe d'ailleurs une hiérarchie interne au groupe : à l'intérieur de cette unité (orchestre d'une chanteuse), les musiciens réorganisent les différences.

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HAL Id: halshs-00004247
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00004247
Submitted on 20 Aug 2005
HAL is a multi-disciplinary open access
archive for the deposit and dissemination of sci-
entic research documents, whether they are pub-
lished or not. The documents may come from
teaching and research institutions in France or
abroad, or from public or private research centers.
L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est
destinée au dépôt et à la diusion de documents
scientiques de niveau recherche, publiés ou non,
émanant des établissements d’enseignement et de
recherche français ou étrangers, des laboratoires
publics ou privés.
Réexions sur l’acculturation
Eliane Daphy, Colette Pétonnet
To cite this version:
Eliane Daphy, Colette Pétonnet. Réexions sur l’acculturation. Vibrations. Revue d’études des
musiques populaires, Association Vibrations/ distributeur éditions Privat, 1985, 1 (Métissage et
musiques métissées, ss la direction de Louis-Jean Calvet), pp.28-38. �halshs-00004247�

Réflexions sur l’acculturation
Colette Pétonnet et Éliane Daphy
[Référence de publications!: Colette Pétonnet et Éliane Daphy, «!Réflexions sur
l’acculturation!», Vibrations. Revue d’études des musiques populaires, n° 1 (Métissage et
musique métissées, ss la dir. de Louis-Jean Calvet, 1985 (avril), pp. 28-38. ISBN 270896190
oai:halshs.ccsd.cnrs.fr:halshs-00004247_v1
http://halshs.ccsd.cnrs.fr/halshs-00004247]
Colette Pétonnet [C.P.]!: Je suis un peu surprise, au premier abord, par le
choix du terme métissage. C'est un terme d'anthropologie physique. Est métis
l'enfant de parents appartenant à des «!races!» différentes. S'il s'agit de la
blanche et de la noire, il est dit mulâtre. Dans le cas d'un croisement entre
«!Blancs!» et Asiatiques, les enfants sont Eurasiens. Notons la différence de
vocabulaire. Je crains que le mot métissage ne soit entaché de quelque
connotation infériorisante et que son choix ne soit pas innocent. De plus, alors
que dans le métissage le double héritage génétique est fixé pour l'enfant-héritier,
les héritages culturels sont multiples et mouvants. Les cultures évoluent
constamment, procédant par emprunts et inventions. C'est pourquoi les
ethnologues emploient peu ce terme en parlant de culture. Cependant Roger
Bastide l'a utilisé dans le contexte particulier des religions brésiliennes, et aussi,
je crois, l'ethnomusicologue Gilbert Rouget.
Éliane Daphy [E.D.]!: C'est peut-être qu'il sous-tend (probablement de
façon inconsciente) le fantasme selon lequel il existerait des cultures «!pures!».
Les folkloristes, par exemple, ont pendant longtemps abordé la musique
populaire en valorisant son authenticité, sa pureté. Il y aurait, ou plutôt il y aurait
eu des «!cultures pures!», comme il y aurait eu des «!races pures!». Or, on sait
que pour Gobineau, le métissage était l'explication de la dégénérescence ... et, par
ailleurs, les travaux des biologistes comme jacquard ont montré que le concept de
race ne reposait sur aucune réalité scientifique. L'emploi de ce terme à propos de
musique populaire est peut-être une manière de valoriser «!à l'envers!» la
musique, en suggérant justement que sa valeur intrinsèque réside dans sa capacité
à mixer, à mélanger différents éléments empruntés ici et là.

Colette Pétonnet et Eliane Daphy (1985) Vibrations 1 2/7
Cette acception valorisante provient probablement aussi du constat que les
musiciens sont souvent d'origines culturelles différentes : si l'on considère les
«!vedettes!» de la chanson en France, on trouve des gens comme Dalida,
Aznavour, ou Yves Montand. La question se pose alors de comprendre pourquoi
les Français consacrent vedettes des «!étrangers!»!?
C. P.!: La rencontre entre gens d'origines diverses est d'une certaine façon le
propre des milieux «!professions artistiques!». Il s'agit toujours de gens venus
d'ailleurs, qui se retrouvent autour d'un art commun!; on peut prendre l'exemple
des peintres de Montparnasse, où des artistes de cultures et d'origines différentes
se reconnaissaient comme «!collègues!» par le partage d'un art commun.
E. D.!: Cela me fait penser aux paroles de la chanson interprétée par julien
Clerc!: «!Quand on est musicien, on est Américain si le coeur vous en dit!», ou
par Rachid Bahri!: «!Musicien voyageur, j'ai voyagé dans tous les pays sans
savoir bâtir mon nid, ce que je sais, ce que je suis, c'est la mémoire du
voyageur, je suis un oiseau migrateur!».
Dans ce milieu, l'idée que la musique détermine davantage l'appartenance
que l'origine ou la nationalité est très présente. Les musiciens professionnels sont
amenés à se déplacer pour travailler, ce sont donc des nomades dans une société
d'origine paysanne, ancrée sur un territoire. Comme les gens du cirque, les
musiciens font partie des gens du voyage, et l'absence de racines «!terriennes!»
fait d'eux des étrangers, comme les marins.
Et plutôt que de considérer comme discours «!romantique!», sans réalité
sociale, la représentation du musicien «!éternel, voyageur!», il paraît plus
fructueux de s'interroger sur l'origine de ces représentations. Les conditions de
travail fournissent un axe d'interprétation!: pour reprendre l'exemple des peintres
à Montparnasse, je me demande dans quelle mesure la rencontre d'artistes de
cultures différentes n'est pas fondée à la fois sur le partage d'un mode de vie, lui-
même distinct de la norme sociale, et d'une pratique technique commune qui
permet de transcender les différences culturelles et les problèmes de
communication, en structurant la rencontre et le dialogue sur des bases
communes.
Mais ces explications s'adressent au monde des musiciens, elles n'éclairent
guère la précédente question de savoir pourquoi Dalida est une vedette
«!française!» ...
C. P.!: Il faut resituer cette question dans l'ensemble d'un contexte culturel!:
en même temps que l'on sacre vedette Dalida ou Aznavour, on oublie que Mozart
ou Beethoven n'étaient pas Français!; la musique est transportée par l'oreille et la
façon de la recevoir est différente des autres faits culturels, surtout avec la
puissance actuelle des médias. Les gens adoptent un air qui leur plaît, qu'on le
veuille ou non. Cela crée une diversité salutaire, qu'on ne peut réduire à une
moyenne. C'est le principe même de la diversité qui fonde les différentes
cultures.
E. D.!: Ce qui tempère un peu les affirmations manichéennes selon
lesquelles les industries du «!show-biz!» auraient le moyen de manipuler
entièrement les goûts musicaux, en imposant leurs produits, ce qui conduirait
immanquablement à une culture planétaire uniformisée.

Colette Pétonnet et Eliane Daphy (1985) Vibrations 1 3/7
C. P.!: Il me paraît important de revenir sur les notions fondamentales de
culture en ethnologie. La culture ne fonctionne pas seulement par emprunts, ou
rejets, mais aussi par réinterprétations. Le concept de réinterprétation a été
particulièrement bien étudié par Melville Herskovits, dans son analyse des
différentes formes de syncrétisme en Amérique, entre les cultures africaines et les
cultures d'origine européenne. La musique me paraît être, comme la religion, un
lieu d'influence, de brassage, d'adoption, de réinterprétation de traits d'origines
diverses. On peut faire référence aux travaux de Roger Bastide (Le Prochain et le
lointain, Les Amériques noires, étude des civilisations africaines dans le
Nouveau Monde), qui a beaucoup étudié les phénomènes d'acculturation.
Il est nécessaire de définir clairement ce terme, à propos duquel il existe
souvent un contresens!: acculturé, cela ne veut pas dire sans culture!; le «!a!» n'est
absolument pas un signe privatif. L'acculturation englobe le jeu des diverses
influences qui se manifestent au sein d'une culture.
Les gens qui se sont acculturés au contact d'une société différente ont
adopté des éléments de la culture de cette société. Ils n'ont pas forcément perdu la
leur, même s'ils sont coupés de ses bases comme c'est le cas de certains émigrés
en France. On peut même parler d'une certaine acculturation chez les provinciaux
de Paris qui gardent néanmoins leurs racines régionales. Pour leurs proches,
restés au pays, ils sont parisiens, et c'est vrai.
Loin d'être un phénomène d'appauvrissement, on peut analyser ces
mécanismes d'emprunts comme un enrichissement, un signe du dynamisme des
cultures. On peut même se demander dans quelle mesure une culture qui
n'emprunte pas n'est pas une culture qui se fige et qui est appelée à disparaître.
Idée que défend Lévi-Strauss, dans Race et histoire, à savoir que la force d'une
culture est dans la collaboration, les emprunts –!il emploie d'ailleurs les termes de
«!coalition, jeu en commun!» et il affirme que «!le progrès culturel est fonction
des coalitions entre cultures!».
Il y a un autre contresens déclenché par le terme «!acculturation!», qui
provient de la définition du contenu du terme «!culture!» dans notre société!: la
Culture s'entendant comme «!arts et lettres!»!; les gens peu cultivés dans ce sens
sont considérés comme sans culture. Je dis souvent, sous forme de boutade, que
si le ministère de la Culture s'appelait «!Arts et Lettres!», le contresens n'aurait
peut-être pas eu lieu.
Donc, pour résumer, les traits culturels, comme la langue, la cuisine, la
religion, le vêtement, sont empruntés, adoptés, assimilés, parfois au point que l'on
ne sait pas qu'ils ne font pas partie de la culture d'origine ... Certains aspects
peuvent être rejetés ou expulsés, le mécanisme est d'autant plus compliqué qu'il
s'agit à la fois d'un phénomène de groupe et d'un phénomène individuel, qui se
juxtaposent sans fonctionner de façon similaire d'un groupe à l'autre, d'un
individu à l'autre.
Ces facteurs d'intégration et de résistance sont fascinants, d'autant plus
qu'ils n'ont aucun rapport avec l'intelligence et que leurs logiques posent
question!: qu'est-ce qui fait que deux femmes de milieux socio-culturels
similaires, transplantées dans les mêmes conditions, vont se distinguer, l'une
assimilant la langue de la société d'accueil, la parlant avec ses enfants, et l'autre
n'en sachant pas un mot, parfois vingt ans après
Selon Bastide (in Le Prochain et le lointain), il faut distinguer deux formes

Colette Pétonnet et Eliane Daphy (1985) Vibrations 1 4/7
d'acculturation, l'une formelle et l'autre matérielle.
L'acculturation formelle, c'est la transformation des formes, des manières de
penser et de sentir!; elle est difficile à saisir car elle est inconsciente.
L'acculturation matérielle concerne les contenus de la conscience, l'adoption
ou la réinterprétation de traits culturels tels qu'une recette de cuisine, conquise
puis modifiée. On peut prendre l'exemple des enfants d'immigrés, et de la
différence entre les enfants nés ici ou nés là-bas!: les premiers n'introduisent pas
consciemment les traits culturels français!; ils font les choses, mais ne savent pas
les expliquer, c'est l'acculturation formelle. Les seconds, !ce sont les «!grands!»
enfants, les aînés!discuteront des avantages et des inconvénients des manières
de faire de la société d'accueil!; ils décideront, entre une panoplie de possibilités,
d'adopter tel aspect spécifique parce qu'il leur convient : c'est l'acculturation
matérielle.
E.D.!: Si on adopte ces concepts pour l'étude des phénomènes musicaux,
l'acculturation matérielle, ce serait par exemple l'utilisation de la guitare électrique
pour les musiciens africains, parce que le son, les possibilités techniques leur
conviennent!; l'acculturation formelle serait l'utilisation inconsciente de certains
modes ou rythmes en provenance de cultures différentes.
Mais dans ce cas une acculturation matérielle ne peut-elle pas se
transformer en acculturation formelle!? Prenons l'exemple de l'accordéon, cet
instrument d'origine autrichienne qui symbolise à présent la musique «!bien de
chez nous!» (cf. l'article d'Yves Defrance « Traditions populaires et
industrialisation ; le cas de l'accordéon», dans le numéro 3, tome 14, de la revue
Ethnologie française).
C.P.!: La citation ci-contre, extraite du Prochain et le lointain (p.!143),
illustre bien ces mécanismes!; elle me paraît intéressante dans le contexte de
Vibrations puisqu'elle touche un domaine proche de la musique!: il s'agit des
transformations d'une cérémonie de danses traditionnelles religieuses.
«!Le Brésil peut nous donner aussi un excellent exemple d'acculturation
formelle!: les Candomblés dits commerciaux ou pour touristes. Ce sont bien
les mêmes gestes, le même cérémonial ou à peu près, les même pas de danses
ou les mêmes leitmotivs musicaux!; et par conséquent, du point de vue du
«!contenu!», il n'existe pas de différence majeure entre eux et les candomblés
traditionnels. Mais les chefs de ces candomblés ont une mentalité occidentale et
non plus africaine, ayant perdu la foi. Ils voient leur religion à travers les
catégories de productivité, de profit, de bénéfice!; ils la gèrent en excellents
commerçants, comme une entreprise rentable. Ils savent doser la part de
l'érotisme (dans la danse), et la part du sadisme (dans ta transe spectaculaire),
alors que le vrai candomblé ignore l'érotisme (la danse est religieuse) et le
sadisme (la transe y est rarement spectaculaire)!; c'est-à-dire que ces nouveaux
entrepreneurs de spectacles, ces maîtres de ballet repensent le candomblé à
travers une mentalité blanche, ils le réinterprètent en termes occidentaux. La
distinction entre l'acculturation matérielle et l'acculturation formelle est ici
particulièrement nette puisque matériellement il n'est pour ainsi dire pas touché
à la séquence des rites, comme à l’organisation des gestes, mais elles sont
pensées sur un autre registre. Bien entendu, à partir de cette acculturation
formelle, des changements de contenu peuvent s'introduire peu à peu, surtout
où la mémoire collective a subi le plus de pertes, comme dans la Macumba!:

Citations
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01 Jan 2002
Abstract: One of the most interesting subjects related to research on hybridization in music is the study of its semantic implications in a given socio-cultural context. It is clear that hybridization, in one way or another, is an inherent process in all kinds of music. For this reason it is important not only to observe the origins and development of this phenomenon, but also to pay due attention to what hybridization refers to on the emic level, i.e. hybridization as a bearer of meanings, elucidating which meanings are associated by social agents to these kinds of processes. This article focuses on this important question and presents some general reflections on the meanings of hybridization through concrete examples from the Catalan musical tradition. Discussion will be restricted to the ethnicity-semantics axis. For this reason, the examples of the Catalan musical tradition that are taken into account belong to those musical streams that have explicitly conferred ethnic value to it.

3 citations


01 Jan 1988
Abstract: Comment apprehender le travail dans le domaine de la production musicale ? Serait-ce "cette jungle du show-bizz" dont les medias nous rabattent les oreilles, pendant que les "artistes" revendiquent d'etre "avant tout des professionnels" ? Les outils de la socio-economie du travail permettent de cerner les frontieres de ce systeme apparemment aberrant ; et le regard ethnologique sur les pratiques apporte un eclairage sur le fonctionnement du travail et de ses representations.