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Pauvreté et mortalité différentielle chez les personnes âgées

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TLDR
In this article, the mesure de la pauvrete is investigated in the case of the Belgique and de ses regions, and the problem of selection induite par la mortalite differentielle selon le revenu is discussed.
Abstract
Cette note a pour objectif d’illustrer, dans le cas de la Belgique et de ses regions, un probleme particulier pose par la mesure de la pauvrete. Etant donne que la mortalite varie selon le niveau de revenu – les personnes aux revenus plus eleves vivant plus longtemps, en moyenne, que les personnes aux revenus plus faibles –, les taux de pauvrete calcules pour les classes âgees dependent non seulement de ce que l’on pourrait appeler la vraie pauvrete, mais aussi de la selection induite par la mortalite differentielle selon le revenu. En calculant les taux de pauvrete que l’on observerait si des personnes avec differents niveaux de revenus avaient toutes la meme esperance de vie, on peut ainsi estimer la vraie pauvrete, en neutralisant les interferences dues a la mortalite differentielle. Cet ajustement des mesures de pauvrete est particulierement interessant pour la Belgique, ou les ecarts de longevite entre Flamands et Francophones et entre riches et moins riches sont importants.JEL code: I32

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HAL Id: hal-00612606
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00612606
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Pauvreté et mortalité diérentielle chez les personnes
âgées
Mathieu Lefebvre, Pierre Pestieau, Grégory Ponthière
To cite this version:
Mathieu Lefebvre, Pierre Pestieau, Grégory Ponthière. Pauvreté et mortalité diérentielle chez les
personnes âgées. 2011. �hal-00612606�

WORKING PAPER N° 2011 – 26
Pauvreté et mortalité différentielle chez les personnes âgées
Mathieu Lefebvre
Pierre Pestieau
Grégory Ponthière
JEL Codes: I32
Keywords: Powerty measurement, differential mortality, income imputation
PARIS-JOURDAN SCIENCES ECONOMIQUES
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TÉL. : 33(0) 1 43 13 63 00 – FAX : 33 (0) 1 43 13 63 10
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C
ENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE – ECOLE DES HAUTES ETUDES EN SCIENCES SOCIALES
ÉCOLE DES PONTS PARISTECH – ECOLE NORMALE SUPÉRIEURE – INSTITUT NATIONAL DE LA RECHERCHE AGRONOMIQUE

1
Pauvreté et mortalité différentielle chez les personnes âgées
1
Mathieu Lefebvre
2
, Pierre Pestieau
3
et Gregory Ponthiere
4
Résumé.
Cette note a pour objectif d’illustrer, dans le cas de la Belgique et de ses régions, un problème particulier posé
par la mesure de la pauvreté. Etant donné que la mortalité varie selon le niveau de revenu les personnes aux
revenus plus élevés vivant plus longtemps, en moyenne, que les personnes aux revenus plus faibles les taux de
pauvreté calculés pour les classes âgées dépendent non seulement de ce que l’on pourrait appeler la vraie
pauvreté, mais aussi de la sélection induite par la mortalité différentielle selon le revenu. En calculant les taux de
pauvreté que l’on observerait si des personnes avec différents niveaux de revenus avaient toutes la même
espérance de vie, on peut ainsi estimer la vraie pauvreté, en neutralisant les interférences dues à la mortalité
différentielle. Cet ajustement des mesures de pauvreté est particulièrement intéressant pour la Belgique, où les
écarts de longévité entre Flamands et Francophones et entre riches et moins riches sont importants.
Mots-clés: Mesure de pauvreté, mortalité différentielle, revenu imputé.
JEL code: I32
Abstract
This paper aims at illustrating, in the case of Belgian regions, a specific problem faced by poverty measures.
Since mortality is related to the level of income poor persons tend to die, on average, at younger ages than non-
poor persons poverty measures for the elderly depend not only on what one can call the true poverty, but,
also, on the selection induced by differential mortality due to income inequality. By computing the hypothetical
poverty rates that would prevail if all persons (of all income levels) had the same life expectancy, we estimate
new poverty measures, which, by construction, neutralize the interference or the noise due to income-based
differential mortality. Such an adjustment of poverty measures is particularly relevant for the case of Belgium,
where mortality gaps between Flemish and Walloon, as well as between rich and poor, are sizeable.
Keywords: Poverty measurement, differential mortality, income imputation.
JEL code: I32
1
Les auteurs remercient André Decoster et Sergio Perelman pour leurs commentaires.
2
Université de Liège, CREPP.
3
Université de Liège, CREPP, CORE, Ecole d’Economie de Paris, et CEPR.
4
Ecole Normale Supérieure, Paris, et Ecole d’Economie de Paris.

2
1. Introduction.
Dans son Essai sur le Principe de la Population (1798), Thomas Malthus a mis en évidence
l’existence de deux types d’ajustements de la taille de la population en présence de pauvreté.
D’une part, l’ajustement dit « préventif » de la population, c’est-à-dire la réduction du nombre
des naissances par anticipation des difficultés futures posées par l’alimentation et l’éducation
des enfants ; d’autre part, l’ajustement dit « positif » de la taille de la population, c’est-à-dire
une réduction de la population par la mortalité prématurée des personnes défavorisées.
5
Etant donné l’état peu développé de la statistique sociale au temps de Malthus, l’affirmation
de l’existence des ajustements préventifs et positifs de la population relevait davantage de la
conjecture que du résultat scientifique. Cependant, près de deux siècles après l’Essai,
plusieurs études empiriques ont confirmé l’existence d’une relation entre niveau de revenu et
longévité. Les personnes ayant des revenus élevés vivent, en moyenne, plus longtemps que les
personnes ayant des revenus plus faibles.
6
La mortalité différentielle selon la richesse a des conséquences non négligeables en ce qui
concerne la question de la mesure de la pauvreté. Comme cela a été souligné par Kanbur et
Mukherjee (2007), les mesures de pauvreté existantes, en se basant sur les populations en vie
à un moment donné, reflètent non seulement de ce que l’on pourrait appeler la « vraie »
pauvreté, mais, aussi, la sélection induite mécaniquement par la mortalité différentielle. En
effet, si la longévité était la même pour tous les niveaux de revenus, il y aurait relativement
moins de riches et donc plus de pauvres chez les personnes âgées, en comparaison avec ce qui
prévaut en présence d’une mortalité différentielle. La sélection induite par la mortalité
différentielle crée donc des interférences (noise) perturbant la mesure de la « vraie » pauvreté.
Dans cet article, nous nous intéressons à l’impact de la mortalité différentielle selon le revenu
sur la mesure de la pauvreté, et nous essayons de montrer en quoi le différentiel de mortalité
selon la richesse peut expliquer les taux de pauvreté observés au troisième age. Pour ce faire,
nous attribuons à toutes les personnes de plus de 60 ans la même espérance de vie; en d’autres
termes nous augmentons artificiellement les effectifs observés d’autant plus qu’ils ont de
faibles revenus. Cela nous donne un taux de pauvreté corrigé pour les différences de
mortalité, que nous comparons ensuite avec le taux de pauvreté non corrigé.
Nous adoptons cette approche pour étudier la pauvreté chez les personnes âgées en Belgique,
et dans les deux principales régions belges : la Flandre et la Wallonie. Cet exercice est
particulièrement intéressant quand on sait que l’espérance de vie est de près de deux ans plus
élevée en Flandre qu’en Wallonie. En d’autres termes, la correction consistera à une double
augmentation « artificielle » du nombre de pauvres en Wallonie, pour tenir compte du
différentiel entre classes de revenus et du différentiel entre région. Si l’on prend un Wallon
appartenant au percentile inférieur, son espérance de vie peut être 5,5 ans plus basse que celle
d’un Flamand appartenant au percentile supérieur (2,5 ans pour la région et 3 ans pour les
revenus). Or nous savons que le taux de pauvreté observé chez les personnes âgées est plus
élevé en Wallonie qu’en Flandre. Cela veut dire que si l’on donnait à tous les mêmes chances
de survie, le différentiel de pauvreté Flandre Wallonie serait encore plus élevé.
5
Pour une évaluation des thèses de Malthus à la lumière de l’histoire économique, voir Fogel (1993).
6
Voir notamment Duleep (1986), Deaton et Paxson (1998), Jusiot (2003) et Salm (2007). Une exception est
donnée par Snyder et Evans (2006), qui montrent au contraire que les groupes de revenus plus élevés font face,
ceteris paribus, à une mortalité plus grande que celle rencontrée par les groupes moins fortunés.

3
Pour illustrer le problème qui nous intéresse, prenons une sociéstationnaire composée de
pauvres ayant un revenu annuel de 1. Les riches ont un revenu annuel de 5. Ils vivent avec
certitude jusqu’à 100 ans alors que les pauvres vivent jusqu’à 75 ans. Imaginons qu’au départ
les pauvres représentent 80% des naissances, ce qui veut dire qu’ils représentent 75% de la
population. Si l’on prend l’écart interquintile de l’ensemble de la population, il est égal à 5.
En revanche l’écart interquintile des plus de 75 ans est égal à 1, car pour cette population âgée
qui ne comprend plus que des riches (les pauvres étant décédés), le revenu est identique et
égal à 5. Cet exemple illustre que le niveau observé d’inégalités des revenus aux âges élevés
est, en grande partie, le produit de la mortalité différentielle. En effet, si on faisait vivre
artificiellement les pauvres « manquants » jusqu’à 100 ans, on retrouverait l’écart interquintile
de 5. Cet article propose précisément d’ajuster les mesures de pauvreté de cette façon, afin de
filtrer l’influence des interférences liées à la mortalité différentielle selon le revenu.
Le reste de cette note est organisé comme suit. Dans la Section 2, nous présentons les données
sur la pauvreté en 2006 en Belgique et dans ses régions. Nous montrons aussi comment
l’espérance de vie varie selon la région, le sexe et le niveau de revenu. Ensuite, dans la
Section 3, nous présentons les taux de pauvreté corrigés, et nous les comparons avec les taux
de pauvreté habituels. Les conclusions sont tirées en Section 4.
2. Les données
Nous utilisons l’enquête Européenne auprès des ménages EU-SILC, ainsi que des estimations
de la relation entre niveau d’éducation et espérance de vie réalisées à partir du recensement
2001.
2.1. Revenu, espérance de vie et pauvreté en Belgique
Nos estimations vont porter sur l’année 2006. Puisque nous nous intéressons à la pauvreté
chez les plus âgés, nous divisons notre échantillon en deux, les moins de 60 ans et les plus de
60 ans. Le Tableau 1 présente le taux de pauvreté par région et par catégorie d’âge.
Le taux de pauvreté est plus élevé dans la population des 60 ans que dans la population totale.
Pour l’ensemble du pays, le taux de pauvreté est de 14.2 %, tandis que la proportion des
personnes pauvres au-dede 60 ans est de 20.8 %. On observe également que, quel que soit
la région et le groupe d’âge considéré, le taux de pauvreté est plus élevé chez les femmes que
chez les hommes, particulièrement au-delà de 60 ans. Il existe aussi de fortes différences dans
les taux de pauvreté entre les différentes régions, en particulier au sein des populations de
moins de 60 ans. Après 60 ans, ces différences s’amenuisent, grâce aux systèmes de retraite.
Notons enfin qu’il existe aussi de nettes différences de longévité entre les régions, qui sont
pourtant géographiquement très proches. L’espérance de vie à la naissance en Wallonie est
plus courte qu’en Flandre d’environ 2 ans et 4 mois. Cet écart n’est pas identique chez les
hommes et les femmes : en fait, l’écart d’espérance de vie à la naissance entre Flamands et
Wallons est de 1 an et demi chez les femmes, mais de 3 années chez les hommes.

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The public economics of increasing longevity

TL;DR: The challenges raised by increasing longevity are considered for the design of the social security system, pension policies, preventive health policies, the provision of long term care, as well as for long-run economic growth.
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Premature mortality and poverty measurement

TL;DR: In this article, a family of measures is proposed that is an intuitive modification of standard poverty measures to take into account the fact that the rich live longer than the poor and that differentially higher mortality among the poor serves to reduce poverty.
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The 1991–2004 Evolution in Life Expectancy by Educational Level in Belgium Based on Linked Census and Population Register Data

TL;DR: In this paper, the authors determine trends in life expectancy by educational level in Belgium and present elements of interpretation for the observed evolution, based on census data providing information on educational level linked to register data on mortality for the periods 1991-1994 and 2001-2004.
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Differential inequity in health expectancy by region in Belgium.

TL;DR: The DFLE can be used to monitor the size of health inequities between regions in Belgium and is larger in the Walloon Region than in the Flemish Region.
Frequently Asked Questions (1)
Q1. What have the authors contributed in "Pauvreté et mortalité différentielle chez les personnes âgées" ?

This paper aims at illustrating, in the case of Belgian regions, a specific problem faced by poverty measures.